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Location riad fes - Vente Riad Maroc - Location appartement fes - Location appartement Maroc - Vente appartement fes - Vente riad Maroc - Gestion immobilier maroc - Fes Maroc - Agence immobiliere FES Les grandes villes du Maroc ont toutes connu, au cours des 15 dernières années, des opérations multiples et variées ayant les bidonvilles pour objet. Certaines d’entre elles ont été précédées ou accompagnées d’enquêtes de population dont la finalité n’est pas toujours claire, et dont l’utilité peut parfois être remise en question. A la lumière de ce qui s’est pratiqué dans certaines de ces opérations, on se propose, dans les lignes qui suivent, d’évaluer les problèmes posés par ces enquêtes et de suggérer quelques moyens d’améliorer la qualité de ces dernières, et, par là-même, de les insérer dans une dynamique d’aide à la décision. 1. Deux paramètres, étroitement liés, devraient toujours être pris en considération avant de décider une enquête auprès de la population. D’une part, la nature de l’information recherchée et d’autre part, le moment auquel il faut la rechercher, autrement dit sa “place” temporelle dans le processus d’intervention. Pour le premier paramètre, on n’a que trop tendance à confondre collecte d’informations pour calibrer l’intervention, et recensement administratif pour fixer les attributaires. L’une est nécessaire au début du processus pour aider à la définition, au calibrage ou au montage de l’opération ; l’autre n’a aucun caractère d’urgence, et elle est appelée, tant pour des raisons sociales structurelles que conjoncturelles, à être d’autant plus facilement dépassée que le délai s’allongera entre collecte et réalisations. De plus, la population “interprète” de manière différente ce qu’elle comprend comme une recherche d’information, et ce qu’elle perçoit bien comme un enregistrement administratif. Ce dernier équivaut, à ses yeux, à un véritable ticket d’accès à une opération, et la peur de voir ce ticket lui “échapper” domine toute l’attitude des enquêtés ; il sont prêts à déclarer n’importe quelle information dont ils pensent, à faux ou juste titre, qu’elle pourra les aider. Si les enregistrements administratifs s’imposent dans un processus qui doit déboucher sur une attribution, ils ne devraient donc jamais être réalisés avec les mêmes techniques que celles de l’enquête socio-économique ni poursuivre comme objectif un “coup double” ; enregistrement et informations à la fois. Séparer les deux tant en terme d’objectif qu’en terme de techniques de réalisation s’impose donc comme une nécessité. Pour le second paramètre, on constate que le recours aux enquêtes socio-économiques intervient généralement, dans les bidonvilles comme ailleurs, à une phase bien particulière du processus d’intervention : celle de la faisabilité d’un projet (“appraisal“ dans la terminologie anglo-saxonne du cycle des projets). Autrement dit, il est assez rare, au Maroc comme ailleurs, que la définition d’un projet se réalise à partir de données socio-économiques collectées à cette fin. La décision de déplacer des populations pour les reloger dans des immeubles où, au contraire de leur allouer des lots de terrain, individuels ou en copropriété, celle de procéder plutôt à une restructuration, celle d’imaginer une zone d’activités, etc… sont des décisions qui reposent le plus souvent sur des options techniques ou politiques plutôt qu’au vu des réalités économiques ou sociales des populations concernées. Dans ces conditions, l’étude sur la population devrait le plus souvent avoir pour objectif de déterminer la faisabilité “sociale” de tel ou tel projet dont les options majeures sont déjà esquissées… Avant de définir à quelles enquêtes on va recourir, il serait utile de voir se préciser, à cet égard, la marge de manœuvre exacte dont disposent les maîtres d’ouvrage. Les résultats vont-ils servir à réajuster éventuellement le projet si on se rend compte que la population-cible risque de perdre un trop grand pourcentage de ses effectifs ? N’y a t-il, au contraire, aucune marge de manœuvre à ce sujet et les résultats n’ont-ils pour raison d’être que la recherche éventuelle de solutions pour les pourcentages d’exclus, ou l’indication de réorientations drastiques pour le montage financier de l’opération ? C’est seulement par un processus de clarification de ces derniers points que l’objectif de l’enquête de population peut être défini, et que sa nature, ainsi que sa place dans la programmation d’ensemble, peuvent atteindre leur niveau optimal. 2. Une fois dépassé ce premier problème, et on nous situant clairement dans l’optique dominante (faisabilité sociale), un deuxième type de problèmes se pose. Il concerne l’approche de la population, l’évaluation de son niveau socio-économique et de sa capacité et/ou volonté à intégrer un projet d’amélioration d’habitat. Deux “faces” distinctes de ce problème existent : 2.1. La première est d’ordre technique : comment arriver à cerner le niveau socio-économique actuel des ménages ? En effet, la génération des ressources dans les milieux économiquement défavorisés est une alchimie incroyablement complexe où toutes les notions classiques d’appréhension des revenus sont peu opérantes. Que ce soit en termes de modalités, régularité, rythme… aucun des découpages classiques ne convient. L’activité à elle seule (principale / complémentaire, régulière / occasionnelle, occasionnelle structurée / occasionnelle par opportunité) exige une collecte non conventionnelle et tout un travail à postériori de reconstitution de sa structure. Quant on y ajoute toutes les formes complémentaires d’apport monétaire ou non monétaire, on se retrouve face à un “édifice” extrêmement complexe qu’il serait absurde de considérer comme négligeable. Enfin, la notion-même de ménage, au sens d’unité économique, peut subir des altérations par rapport à l’idée classique que nous nous en faisons. Il n’est pas rare, aussi bien de repérer des productions de ressources totalement extérieures aux personnes cohabitantes, que de trouver, chez ces mêmes personnes, des ressources qui ne sont pas mises en commun actuellement, et ne peuvent donc être additionnées et présentées comme une somme des ressources. 2.2. L’autre face du problème est d’ordre méthodologique. A supposer même que les problèmes techniques que nous venons d’évoquer soient résolus, il reste à passer de la notion de ressources actuelles, à celle de capacités futures à intégrer un projet. La capacité financière d’un ménage à se reloger est un concept dynamique, un objet à analyser exclusivement dans une perspective projective. Toutefois, cette dernière doit intégrer deux tendances contradictoires : elle doit intégrer la notion de volonté de participer au projet. En effet, “l’histoire” de la construction, dans les quartiers clandestins notamment (1), montre que lorsque les ménages veulent atteindre l’objectif-logement, une majorité d’entres eux peuvent mobiliser mille et une sources de financement à cet effet. La capacité future peut donc être supérieure à la capacité actuelle. Mais cette projection doit également tenir compte des nouvelles charges qui émergeront dès lors qu’il y aura logement en dur et équipé. Les dépenses futures peuvent donc être supérieure aux dépenses actuelles et grever les capacités. 3. Toutes ces contraintes peuvent apparaître comme des obstacles infranchissables. Elles le sont, véritablement, si on se contente d’opérer sur cette population comme on opérerait sur une population de fonctionnaires. On peut cependant obtenir des résultats satisfaisants en modifiant quelque peu les manières de travailler et en transposant, dans les dispositifs techniques, les remarques critiques que nous avons développées dans les points qui précédent. 3.1. En phase de faisabilité des projets, l’objectif n’est pas d’arriver à une évaluation individuelle, mais globale, des capacités des populations. Evaluer le pourcentage approximatif de ménages qui ne seront pas sur le projet final (pour absence de volonté ou absence de capacité) paraît l’objectif majeur à atteindre. Le second objectif est alors de mieux cerner les caractéristiques et potentialités de ceux qui, en pratique, pourraient constituer la population-cible. Les dispositifs techniques permettant d’approximer ce pourcentage doivent donc “oublier” l’objectif recensement individuel et se concentrer sur le ciblage de l’ensemble. On peut proposer une démarche en phases successives qui vont d’une approche superficielle et générale, à une approche plus approfondie et plus restreinte. Une première phase identifie les grands déterminants socio-économiques de la population ; une deuxième phase essaie de reconstituer, à partir de là, le profil des “types” les plus représentés dans celle-ci, et enfin de comprendre quelle attitude à l’égard de l’intervention pourrait être la leur. Une troisième phase peut ne s’attacher qu’à ce dernier point en particulier. Le premier “calage” de la population consiste à réaliser une enquête statistiquement représentative sur un effectif minimal. Entre 200 et 400 ménages (2) on peut déjà obtenir une bonne approximation de la population d’un bidonville. On applique à cette population un questionnaire limité aux grands déterminants socio-économiques de base : âge du chef de ménage et/ou des actifs, taille et type de ménage, composition socio-démographique de ce dernier, durée de résidence tant en ville, qu’au bidonville et dans le logement actuel, statut d’occupation du logement, caractéristiques physiques et morphologiques de ce dernier, nature et lieu des activités exercées, tentatives passées d’amélioration des conditions d’habitat et attitudes à l’égard d’une intervention dans ce domaine. Enfin, si on dispose d’enquêteurs de bon niveau, on peut tenter une première estimation directe des revenus et ressources du ménage. Les estimations indirectes par les indicateurs matériels de niveau de vie et d’équipements semblent par contre assez décevantes. Très performants quand il s’agit d’habitat en dur, ces “indicateurs” n’“indiquent” plus grande chose dès lors qu’on passe en baraques, en raison d’attitudes très hétérogènes des ménages sur l’opportunité de s’équiper en un tel lieu : deux ménages de même niveau auront, à cet égard, des attitudes totalement opposées, l’un “risquera” l’acquisition d’éléments de confort en espérant qu’ils ne connaîtront aucun dommage ; l’autre, anticipant sur les risques d’intempéries ou de vol, liés à la précarité du lieu, préférera y renoncer. La différence d’équipement mobilier ou ménager entre ces deux ménages n’est donc pas nécessairement significative d’une différence de niveau socio-économique. Selon les caractéristiques particulières du site et de la ville, certaines variables socio-économiques particulières devront être éventuellement ajoutées. A ce stade, on doit rappeler que la collecte de toutes ces données et leur traitement ont pour objectif de caractériser les ménages du bidonville, de les différencier entre eux et d’esquisser une typologie opérationnelle pour la seconde phase de travail. La qualité de cette typologie dépend tout autant de la qualité des données recueillies que de la nature du traitement qui leur est appliqué. Les techniques d’analyse de données, ou une segmentation de la population en fonction de l’attitude à l’égard des projets, sont les plus performantes. A défaut, une série de tris croisés sur les variables liées au logement et aux opérations peut apporter des éléments précieux. On applique alors à ces tris croisés des tests de X2 et on peut, intuitivement, hiérarchiser les degrés de contingences entre variables considérées (3). Par exemple, voir si l’âge du chef de ménage influence plus sa position à l’égard d’une intervention sur l’habitat que son origine ou son état matrimonial. On aboutit au terme de ce travail à un découpage de la population en catégories qui ont un sens par rapport aux objectifs poursuivis : ce peut être la nature de l’activité, l’âge, le nombre d’actifs dans le ménage, le niveau d’instruction…… 3.2. Une fois la typologie établie, on sélectionne, à l’intérieur de chaque catégorie, quelques ménages choisis dans chacune des catégories typologiques établies et auprès desquels on peut opérer un retour. Ces derniers doivent être pris en charge par des enquêteurs de haut niveau, de préférence même des chercheurs professionnels. La situation d’interview approfondie est souvent celle qui convient le mieux à la collecte des données nécessaires à cette phase. En gros, il s’agit d’une part, d’explorer la manière dont le budget du ménage fonctionne actuellement, ainsi que la manière dont les variations passées et présentes se sont modulées ; d’autre part, d’approfondir la position et les capacités de ces ménages à intégrer un projet futur d’amélioration du logement. Il est souvent nécessaire d’ajouter à ces deux grands volets un examen des grosses dépenses de toute nature qui ont été engagées par le ménage et/ou les personnes qui le composent, et la manière dont elles ont été réalisées. (mode, sources et rythmes de financement) Enfin, il peut être utile d’ajouter d’autres éléments : dans une population récente, et hétérogène quand à ses lieux d’origine et trajectoires de mobilité, on peut y ajouter un volet itinéraire (migratoire, professionnel, familial…) etc… L’analyse de toutes ces données permet d’esquisser, par groupe typologique, le comportement prévisible de ces différentes populations. 3.3. Les attitudes en matière d’intervention de relogement n’étant pas seulement affaire individuelle, on peut introduire une troisième procédure complémentaire : des interviews collectives. Celles-ci peuvent être menées de manière informelle en même temps que les interviews individuelles; elles peuvent aussi être conduites à part, ultérieurement. Leur objectif est de retrouver dans une structure de groupe informel, des caractéristiques et positions différentes; de faire émerger ces différences et de les mettre à la discussion entre individus concernés, discussion que la dynamique du groupe mène parfois beaucoup plus loin que toute analyse individuelle de situation. Cette technique, un peu difficile à mener parce qu’elle exige un savoir-faire en termes d’animation de groupe, et parce qu’elle nécessite également un minimum d’autonomie par rapport au cadre “officiel”, est extrêmement payante. En effet, elle fait ressortir de manière dynamique des facteurs imprévus de blocage et des résistances inattendues que les interviews individuelles pourraient ne pas avoir touchés. Elles permettent alors de prévoir des manières de contourner ces difficultés, de “faire avec”, ou de tenter de les infléchir par un travail de sensibilisation des populations ou de transactions avec elles. n (1) On renvoie notamment aux travaux sur Khémisset, Tétouan, Safi, Sidi Bennour. (2) Selon l’importance et l’hétérogénéité du site concerné. (3) Voir F. NAVEZ-BOUCHANINE : “Enquête, Mode d’emploi” - Ed. Dar Khattabi, Casablanca, 1989 (p. 247 et suivantes ainsi les indications bibliographiques qui y figurent). liste globale Auteur : Françoise NAVEZ-BOUCHANINE; Sociologue, Professeur à l’INAU