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L’EXPERIENCE DE TAZA:

Au niveau national, l’expérience de Taza en matière de résorption des bidonvilles peut être considérée comme une réussite à plus d’un titre eu égard à l’ampleur du phénomène et aux délais enregistrés pour y apporter des solutions appropriées. En effet, les quelques 25 bidonvilles dénombrés à Taza en 1983 et qui abritent près de 25% de la population urbaine ont pu être résorbés en moins d’une dizaine d’année. Cette expérience, que l’on peut qualifier de pilote en matière de résorption de bidonvilles, mérite de faire l’objet d’évaluations approfondies pour en dégager les atouts et les insuffisances et en tirer les enseignements nécessaires pour mieux orienter l’action en ce domaine, voire même développer les stratégies d’action dans le domaine de l’habitat à l’échelle de la ville. Le présent article ne constitue qu’une première ébauche de cette évaluation appelée à être développée par d’autres articles. La ville de taza a connu une croissance particulièrement importante depuis le début du siècle puisque sa population est passée de quelques 4.400 habitants en 1914 à 77.200 en 1982. L’insuffisance chronique de l’offre en logements et en terrains équipés pendant les 10 premières années de l’Indé-pendance, la rétention foncière et la coût prohibitif des terrains non urbanisés ont eu pour conséquence de marginaliser une partie importante de la population - notamment celle en provenance du milieu rural - contribuant ainsi à la naissance et/ou l’extension des bidonvilles dans des zones non propices à l’urbanisation. En 1983, la population de la ville de Taza est des douars pré-urbains était estimée à près de 95.000 habitants. L’enquête réalisée la même année par la Délégation du Ministère de l’Habitat avait permis de recenser 25 bidonvilles regroupant quelques 3.400 baraques et abritant une population avoisinant 23.500 habitants, soit près de 25 % de la population urbaine; Au cours du dernier semestre de 1990, l’enquête effectuée par l’ANHI révélait la résorption effective de près des 3/4 des baraques recensées, le reste étant en cours de résorption. LE PROGRAMME D’ACTION L’examen du programme d’action mis en œuvre à Taza appelle les constatations suivantes : - La première est relative à la conception même de ce programme : d’opérations ponctuelles engagées dès 1983, la vision a progressivement évolué vers l’élaboration d’un véritable plan d’action couvrant l’ensemble des bidonvilles recensés et identifiant les supports fonciers nécessaires à sa mise en œuvre. - La seconde est relative à l’intégration dans le programme d’action de la dimension”prévention” pour répondre de manière adaptée à la pression de la demande en matière d’habitat de diverses catégories et plus particulièrement de l’habitat économique. - La troisième se rapporte à la diversité des opérateurs engagés dans la réalisation de ce programme ; la Délégation de l’Habitat pour les opérations engagées de 1983 à 1985 (Al Koucha et Essaâda), l’Agence Nationale de lutte contre l’Habitat Insalubre pour les opérations engagées depuis 1985 dans le cadre de la politique conventionnelle (les opérations Al Qods 1ère, 2ème et 3ème tanches, Al Massira II, Al Koucha - Extension), le Ministère des Habous pour les opérations intéressant les terrains relevant de leur domaine foncier et occupés par des bidonvilles (Jiarinne et La Piscine). MONTAGE TECHNICO- FINANCIER Su le plan technique, la programmation des opérations pour l’ensemble de la ville, a permis de diluer dans la plus large mesure possible les coûts les plus élevés qu’une seule opération n’aurait pu supporter dans porter préjudice tant à l’équilibre financier du projet lui-même qu’à l’accessbilité des bénéficiaires ; c’est le cas des coûts des travaux hors-site répartis entre les opérations développées dans la zone Nord-Est de la ville (tranches de l’opération Al Qods et Massira II). Sur le plan financier, il convient de signaler que le recours au Budget Général de l’Etat voit son importance se réduire au profit d’une politique de préfinancement des coûts par les bénéficiaires et l’application d’un système de péréquation destiné à faciliter l’accès à la propriété d’un lot équipé au ménage à faible revenu.Les allocations du BGE, malgré leurs montants réduits, ont joué un rôle important dans le lancement du programme et dans la constitution d’un fonds de roulement ayant favorisé la couverture des besoins de financement périodiques. Le rythme favorable des ventes enregistrées au niveau de l’opération Al Qods I (première du programme) conjugué au rôle de l’allocation initiale du BGE, a permis de dégager un solde de trésorerie positif ; la seconde opération Al Massira II ayant connu également la même tendance, le déficit attendu du 3ème projet Al Qods III a pu ainsi être résorbé au mieux. S’agissant de l’opération Al Qods II, le volume important des décaissements occasionnés par la réalisation des travaux au cours de l’année 1988, n’a pas bénéficié d’un flux favorable des recettes de vente. Le processus de préfinancement par les avances des bénéficiaires de cette tranche n’a pas fonctionné pleinement au cours des premières années principalement en raison de l’offre constituée par l’opération Massira II.La seconde explication renvoie au fait que le lotissement Massira II était en voie d’achèvement par rapport à celui d’Al Qods II. TABLEAU 1 TAUX ET DUREE DE VALORISATION DES LOTISSEMENTS Lotissement Taux Durée ESSAADA 97 % 8 EL KOUCHA 80 % 6 AL QODS I 72 % 5 MASSIRA II 46 % 4 AL QODS II 16 % 1 Dans ces conditions, il apparaît à postériori, que le lancement des travaux au niveau du lotissement Al Qods II aurait pu être différé d’une année pour éviter l’auto-concurrence et en renforcer le processus de préfinancement. LE PROCESSUS DE VALORISATION L’analyse du processus de valorisation dans les opérations engagées montre que le degré de valorisation est variable d’un lotissement à l’autre en fonction de la date de mise en chantier. Ce sont bien évidemment les plus anciens lotissements qui connaissent les taux de valorisation les plus élevés, à l’exception du lotissement Massira II qui, réceptionné un an plus tard qu’Al Qods I, présente un taux de valorisation relativement plus faible ; ceci s’explique paradoxalement par l’absence d’habitat de recasement dans le lotissement Massira II : en effet, l’habitat de recasement connaît un taux de valorisation plus important dans l’ensemble, par rapport aux autres types d’habitat. Les lotissements Essaâda, Al Koucha et Al Qods I présentent un taux de valorisation appréciable avec 97 % pour le premier, 80 et 72 % respectivement pour le second et le dernier.Massira II, pour sa part, a un taux de valorisation des lots de 46 %. S’agissant du lotissement Al Qods II dont les travaux de valorisation n’ont été achevés que dans le courant de l’année 1990, il présente un taux de valorisation de 15 %. En définitive, quatre constatations majeures peuvent être effectuées sur le plan du processus de valorisation : 1 - la durée moyenne d’une pleine valorisation des lots peut être établie à près de 8 années. Des caractéristiques spécifiques telles que l’existence de lots d’habitat de recasement contribuent fortement à accélérer le processus de valorisation. 2 - la valorisation des lots à l’étage est certes liée aux capacités financières des ménages bénéficiaires, mais elle est également tributaire du système d’attribution des lots (monofamilial ou bifamilial). 3 - de manière globale, les lotissements étudiés présentent à l’heure actuelle un taux de valorisation des lots d’habitat que l’on peut qualifier de satisfaisant en comparaison à d’autres lotissements, publics ou privés, de même consistance et dont la durée de valorisation peut s’étaler sur plus de dix années. 4 - le taux de valorisation des lots d’activités commerciales reste toutefois inférieur à 50 % pour tous les lotissements ; les commerces apparaissent toutefois largement suffisants au regard du niveau actuel de valorisation des lots d’habitat. L’INFLUENCE DES EQUIPEMENTS SOCIO-COLLECTIFS Quant aux équipements socio-collectifs prévus dans les différents lotissements, il n’ont pas suivi le rythme général de valorisation. De façon générale, il est à observer une nette insuffisance des équipements socio-collectifs au niveau de l’ensemble des lotissements. Cette situation est plus ou moins aiguë selon le type de lotissement et le niveau de valorisation de ce dernier. A niveau du lotissement Al Qods I dont le taux de valorisation est de 72 %, le manque d’équipements socio-collectifs est manifeste compte tenu du fait que la plupart d’entre eux n’y ont pas été prévus. Par ailleurs, les quelques rares équipements prévus dans le plan de lotissement (école, garderie, four et hammam), n’ont fait l’objet d’aucune valorisation, à l’exception toutefois de l’école dont les travaux de construction viennent d’être terminés. TABLEAU 2 : TAUX DE VALORISATON DES LOTS DESTINES AUX ACTIVITES COMMERCIALES Commerces Habitat à RDC Taux de valoris. Com. Valoris/ Lotissement sur lot Commercial commerces lots valorisés Nombre Valorisé Nombre Valorisé % % ESSAADA 21 10 _ _ 48 % 3% EL KOUCHA 11 4 _ _ 37 % 3% AL QODS I 44 10 272 138 47 % 13 % MASSIRA II _ _ 79 35 45 % 13 % AL QODS II _ _ 150 _ _ _ Le lotissement Massira II et Qods II présentent également une insuffisance d’équipements socio-collectifs. Si au niveau de ce dernier, cette situation peut se justifier par la valorisation récente des lots d’habitat, il n’en est pas de même pour le premier qui connaît un taux de valorisation bien plus important. Les lotissements Essaâda et Al Koucha connaissent également une insuffisance d’équipements socio-collectifs mais en termes moins aigus en raison de la proximité des équipements dans les quartiers avoisinants. LA MOBILISATION DES MOYENS DE FINANCEMENT PAR LES BENEFICIAIRES Si le processus de valorisation des lots a pu atteindre un degré appréciable dans un délai relativement réduit, c’est principalement en raison des moyens financiers que les bénéficiaires ont mobilisé tant au niveau de l’acquisition du lot que de la construction de leur logement. Une enquête, effectuée en 1990 auprès des bidonvillois, a permis de situer le revenu mensuel moyen du ménage à 1992 Dirhams. L’activité du chef de ménage ne constitue pas la seule source de revenu pour le ménage. Ainsi, près de 40 % des ménages disposent de revenus complémentaires d’origine diverses : - activité secondaire du chef de ménage ou d’un autre membre de la famille; - envoi d’un Résident Marocain à l’Etranger (RME). - pension de retraite d’un membre de la famille. En somme, le poids des RME, qui intervient pour près de 25 % dans l’activité des chefs de ménages à Taza, constitue un facteur déterminant du niveau des revenus des ménages dans les opérations de l’ANHI, à l’exception du lotissement Essaâda et dans une moindre mesure de Qods II. Ceci explique la capacité financière des ménages à dégager l’épargne nécessaire à l’acquisition du lot et de sa valorisation. D’autres catégories socio-professionnelles aux revenus relativement importants, telles que celles des fonctionnaires, ont également contribué à une valorisation plus rapide des lotissements. Pour les moins favorisés, les ressources de financement proviennent en grande partie de la vente : - de la vente d’une parcelle agricole, - de la vente de cheptel, - de la vente de biens personnels - ou du recours à l’emprunt au sein de la famille. L’emprunt bancaire reste très limité voire inexistant. LES GLISSEMENTS Un certain nombre de lots acquis par les bénéficiaires ont fait l’objet d’une revente. Sur 352 transactions enregistrées, 318 ont porté sur des lots vendus en l’état, le reste concerne des transactions relatives à des habitations. Les prix pratiqués varient de 1,5 à 4,5 fois le prix d’achat initial en fonction de la situation des lotissements et de leur ancienneté. L’essentiel des transactions a eu lieu de 1988 à la mi-1990 avec une prépondérance notable pour le lotissement Al Qods I (152 transactions), suivi dans une moindre mesure par Al Qods II (72 transactions) et Al Massira (70 transactions). EVALUATION GLOBALE Outre l’impact du programme de résorption sur l’amélioration des conditions d’habitat et du cadre de vie des ménages bidonvillois, l’on peut évaluer celui-ci au regard de sa contribution à la réduction du déficit en logements que connaissait la ville : En 1984, le Schéma Directeur d’Aménagement Urbain de Taza faisait état d’un déficit en logements de l’ordre de 4.500 unités dont 50% incombait à la seule composante “bidonvilles”. Les projections établies à l’horizon 2005 estimaient les besoins à satisfaire à près de 16.740 logements. L’ANHI estime, pour sa part, le nombre de logements induits par la réalisation du programme d’intervention intéressant Taza à 10.850 unités d’habitat, ce qui équivaut à près de 65% de la demande totale. Par ailleurs, la réalisation de ce programme a contribué, de par l’ampleur de l’assiette foncière mobilisée à cette fin, à la régulation des mécanismes de fonctionnement du marché foncier. De même, les prix de cession différenciés pratiqués par l’ANHI pour les diverses catégories de lots semblent provoquer une pression à la baisse sur le marché libre. Enfin, de par l’ampleur du programme, les retombées sur le secteur de la construction sont particulièrement importantes avec un impact direct sur l’économie locale et sur la promotion de l’emploi. CONCLUSION L’on peut avancer que la réussite de l’expérience de Taza en matière de résorption des bidonvilles a été rendue possible grâce à la conjugaison des principaux facteurs suivants : 1• La mise en œuvre progressive d’un plan d’action couvrant l’ensemble des bidonvilles et adopté par l’ensemble des parties concernées. 2• La disponibilité d’une importante assiette foncière au Nord-Est de la ville dont la mobilisation a été facilitée par le statut juridique des terres, des prix accessibles et des dispositions favorables au niveau de l’urbanisme. 3• La capacité contributive relativement importante d’une grande partie des ménages bénéficiaires qui a permis de mobiliser les ressources nécessaires au préfinancement des travaux d’équipements et d’atteindre un degré de valorisation important. 4• La mobilisation de plusieurs opérateurs pour la réalisation du plan d’action et la concertation permanente de l’ensemble des acteurs dans le cadre d’un comité local de suivi présidé par l’Autorité Provinciale et associant les élus locaux. 
 
Auteur : Fouad SEFRIOUI; Economiste, Professeur à l’INAU

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Modifié en dernier lieu le 3.07.2006
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