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Centre d’Etudes et de Recherche en Aménagemen

Depuis quelques décennies, l’habitat dit insalubre connaît un développement de plus en plus important en liaison directe avec l’explosion démographique et l’urbanisation accélérée qui caractérisent notre pays. Phénomène complexe, aux retombées négatives, tant sur la santé des habitants que sur leur environnement, l’habitat insalubre suscite, néanmoins, l’intérêt de plus en plus grand de la part des Pouvoirs Publics qui souhaitent l’appréhender dans toute sa globalité. Et s’il est vrai que cet intérêt ait été à l’origine des différentes interventions menées au sein de ce type d’habitat, il n’en reste pas moins que la façon avec laquelle elles ont été conduites, a souvent été sectorielle et insuffisamment concluante sur certains aspects. Cet état de choses milite en faveur d’une réflexion globale sur l’insalubrité, sur son contenu et sur les différents tissus et espaces. L’INSALUBRITE UN CONCEPT DIFFICILE A DEFINIR Dès qu’on aborde l’insalubrité, on se heurte à la difficulté d’appréhender ce concept et de définir ses contours. Le Dahir s’y référant, remonte à 1914 et porte Réglementation des établissements insalubres, incommodes ou dangereux. Modifié successivement en 1933 et 1937, ce Dahir s’attache davantage à réglementer l’insalubrité, au sein des dits établissements, qu’à la définir et reste muet quant à l’habitat urbain. Nous remarquerons, cependant, que les définitions qui ont prévalu jusqu’à nos jours mettent la santé des hommes au centre de sa problématique. Le concept était, en effet, défini avec une connotation hygiéniste, fortement marquée par le contexte historique de son élaboration. Les préoccupations étaient alors centrées sur le contrôle social et les luttes contre les épidémies. Ces préoccupations restent d’actualité, malgré l’évolution du contexte et la salubrité continue d’être définie comme l’état d’un milieu favorable à la santé. (1) Une note sur ce thème, préparée par un collectif au sein du Centre d’Etudes et de Recherches en Aménagement et en Urbanisme avec une participation d’autres personnes extérieures, a servi de base à l’établissement de cet article par M.Larbi RHARBI et Mlle Hayat DINIA. Souvent confondue avec la vétusté qui désigne “l’état d’un objet abîmé par le temps et qui n’est plus en parfait état”, l’insalubrité ne doit plus être saisie comme un état statique mais plutôt dans toute sa dynamique, tout environnement pouvant connaître un mouvement de dégradation ou d’amélioration de son état initial d’insalubrité. Cette confusion tient au fait que l’insalubrité dans le bâti peut résulter de la vétusté, quoique celle-ci ne soit pas toujours l’unique facteur de la dégradation.Les conditions d’occupation ou d’environnement, d’une manière générale, peuvent contribuer à ce processus, et l’accélérer.Il faut noter cependant que les niveaux de dégradation, souvent fonction de l’un ou de l’autre de ces phénomènes ou de leur conjugaison, ne sont pas toujours faciles à mesurer ; cette situation étant liée à la difficulté d’établir des seuils d’insalubrité et de circonscrire leurs champs spatial et environnemental. Cette difficulté n’est pas due uniquement au degré de fiabilité des outils et techniques pour mesurer le seuil d’insalubrité mais tient surtout à la diversité des contextes économiques, sociaux et culturels, que ce soit pour des pays de niveaux économiques différents ou à l’intérieur d’un même pays.Elles sont également liées aux perceptions souvent différentes de l’insalubrité par ceux qui la vivent et ceux qui l’évaluent de l’extérieur. Cette double perception de l’insalubrité introduit l’habitabilité, notion subjective, difficile à cerner et à évaluer, parce qu’elle s’appuie sur des données difficilement mesurables : le vécu et la culture dominante au niveau de l’espace en question. De l’insalubrité, de la vétusté et de l’habitabilité, la logique impose de passer à la notion de sécurité.Une construction dangereuse met en jeu la sécurité des personnes qu’elle abrite et celles vivant dans son environnement.Se trouve alors sous-jacente à ces notions celle du risque et du caractère relatif de son évaluation et du prix jugé acceptable pour s’en prémunir. Ces notions si complexes, se présentent souvent avec des caractéristiques différentes, selon qu’il s’agisse d’un logement, d’un quartier ou d’une ville, posent des problématiques et approches qui sont fonction du niveau d’intervention ; celles-ci devenant de plus en plus difficiles, quand les phénomènes précités conjuguent leurs effets.Le tableau ci-dessous présente les principaux champs et critères selon ces niveaux. L’analyse de ce tableau révèle la diversité des facteurs qui agissent sur l’insalubrité selon les niveaux et la multiplicité des acteurs et bénéficiaires concernés.Leur détermination est un élément essentiel pour l’identification des critères d’intervention et la définition de ses contours. Ces interventions se traduisent toujours par des coûts économiques et sociaux se rapportant aux effets de l’insalubrité, notamment sur la santé (coût de la santé des habitants), la productivité (manque à gagner de la main d’œuvre) et sur le parc de logements (disparition après dégradation,...) et posent le problème difficile du choix entre l’opportunité d’un investissement pour la construction de logements neufs et celle de la récupération d’un parc existant. Champs Bénéficiaires et Facteurs Facteurs socio- acteurs concernés physiques économiques LOGEMENT Ménages Degré de vétusté de Caractéristiques de la construction l’occupation QUARTIER Ménages Etat de l’environ- Densité d’occupation Elus et Autorités nement : VDR, Degré de sous- Locales services urbains équipement VILLE Elus Etat de l’environ- Degré d’intégration Autorités Locales nement : économique, sociale Services urbains, et culturelle fonctionnement global de la ville Et s’il semble plus aisé de prouver que la construction neuve, dans certains tissus, est moins coûteuse sur le plan strictement financier, que les interventions de récupération du parc existant ; du point de vue économique, la réponse est loin d’être évidente. Pour répondre à ce dilemme, les intervenants recourent aux constructions neuves dans la plupart des tissus, à l’exception du clandestin, mais surtout, dans les Anciennes Médinas compte tenu de leur forte épaisseur historique et socio-culturelle. Ce qui précède montre à quel point il est difficile d’appréhender un phénomène tel que l’insalubrité et les différents concepts qu’il traîne dans son sillage (vétusté, habitabilité,...). L’insalubrité pose, en effet, des problématiques différentes selon les tissus et appelle des interventions multiples et variées en fonction des espaces concernés et selon qu’elle se présente seule ou conjuguée à un autre phénomène.D’où la nécessité d’ajuster, d’adapter et d’affiner les méthodes et les outils d’analyse afin de permettre de saisir l’insalubrité dans toute sa globalité en renonçant surtout à la définir d’une façon négative en la présentant simplement comme “l’état de ce qui n’est pas salubre”. VERS UNE APPROCHE PLUS APPROFONDIE DE L’INSALUBRITE DANS L’HABITAT URBAIN Pour cerner l’insalubrité dans toute sa complexité, une approche approfondie de sa problématique, de son contenu et des aspects qu’elle revêt dans les différents tissus urbains s’avère indispensable ; les plus touchés par cette insalubrité étant les bidonvilles, l’habitat non réglementaire, les Nouvelles Médinas et les Médinas Anciennes.L’état des connaissances la concernant diffère pourtant d’un tissu à l’autre comme il ressort du tableau ci-après. L’état plus au moins satisfaisant des connaissances sur l’insalubrité dans le bâti urbain révélé par le tableau ci-dessus, rend impératif le recours à une approche multidimensionnelle, dans les différents tissus, qui doit s’appuyer, entre autres, sur les axes de réflexion suivants : A - Une approche technique devant analyser les causes de l’insalubrité et son évolution au niveau de l’étude : - du sol et des fondations, - de la structure porteuse, - des matériaux de construction, - des infrastructures urbaines, - de l’environnement du bâti. B - Une analyse socio-économique ayant pour objectif de saisir l’état de l’insalubrité (type, degré et conditions d’occupation du logement et du tissu, degré de couverture par les équipements et services urbains), les différentes perceptions de l’insalubrité par les habitants et l’impact social des opérations menées au sein de ces espaces. C - Une analyse de l’étendue et des limites des textes juridiques, à travers : - l’étude de leur contexte historique et de leurs filiations en vue de dégager les enseignements pour les futures opérations de l’habitat insalubre, - le recensement des différentes institutions concernées et de leurs attributions. D - Une évaluation des formes d’intervention déjà conduites dans différents tissus et espaces, afin d’en dégager les limites et les enseignements.Celle-ci doit se faire : - en testant l’opérationnalité des outils et techniques utilisées pour l’appréhender à travers l’extension des opérations aux tissus les moins étudiés, - et en s’interrogeant sur les possibilités de transfert des outils déjà utilisés dans d’autres tissus et d’autres espaces. Des éclairages portés sur les aspects de l’insalubrité en milieu rural, dans les zones industrielles et dans les espaces touristiques peuvent venir enrichir cette évaluation et la dynamiser. Ces différents axes de réflexion et bien d’autres permettront, à plus ou moins longue échéance, d’approfondir l’état des connaissances sur l’insalubrité. Tissus Diagnostic Type Etat Impacts Urbains d’intervention de la connaissance de l’intervention - BIDONVILLE - Vétusté des constructions - Démolitions. - Bonne connaissance Importance des précaires. - Recasement : des mécanismes de programmes - Inexistence ou insuffisance Trame d’accueil développement et réalisés. des services urbains. Trame sanitaire des formes d’inter- - Site inapproprié améliorée vention. (topographie accidentée, Cellule embryonnaire - Existence d’études inondation, risque de Habitat collectif semi- d’évaluation glissement,...). fini. - Restructuration - HABITAT NON - Inexistence ou insuffisance - Intervention sectorielle - Bonne connaissance Programme limité REGLEMENTAIRE d’infrastructures et de (eau, électricité, équip- des mécanismes de des réalisations. services urbains. pements collectifs. développement et - Site souvent inapproprié - Restructuration des formes d’inter- (terrain de fortes pentes, intégrée type PDU vention. inondable, nappe - Restructuration légère - Peu d’évaluation. phréatique peu profonde,...). - Problèmes d’habitabilité dans certains logements. - MEDINA - Dégradation du bâti d’une - Réhabilitation ponc- - Bonne connaissance Faible impact des ANCIENNE forte densité historique tuelle, expérimentale des mécanismes de réalisations prog- (ruines). (Délégation de sauve- transformation. rammées. - Insuffisance des services garde de Fès, - Connaissances Faibles réalisations. urbains. Municipalités, particu- insuffisantes quant - Mauvais état de l’assainis- culiers). aux interventions. sement liquide - Insuffisance de la collecte des ordures ménagères. - NOUVELLE - Vétusté de la construction - Faible connaissance MEDINA - Insuffisance d’infrastruc- Néant du milieu. Néant tures et des services. CONCLUSION L’insalubrité n’est pas une particularité des temps modernes.toutes les villes de tous les temps ont été plus ou moins touchées par elle, à un degré ou un autre.Elle se manifeste au-delà même des centres urbains. Dénominateur commun entre différents tissus, l’insalubrité reste néanmoins très mal définie et ses contours insuffisamment précisés.Les différents aspects qu’elle revêt selon les tissus et l’empreinte, plus ou moins grande dont elle marque les espaces, méritent une attention toute particulière. Le survol de cette réalité, effectué dans le cadre de cet article, ne peut apporter la satisfaction recherchée.Il peut, néanmoins, soulever des questionnements qui seront autant de pistes de recherche au sujet d’un thème aussi important qu'est l’insalubrité dans l’habitat urbain.

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Modifié en dernier lieu le 3.07.2006
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